Le 6 décembre 2002, des féministes ont commémoré à Paris,
comme à Montréal et dans d’autres villes, le massacre machiste de la
Polytechnique à Montréal. Quatorze femmes ont été assassinées le 6
décembre 1989, parce qu’elles étaient femmes, parce qu’elles étaient
dans une école scientifique, parce qu’elles se sont trouvées sur le
chemin du meurtrier, un homme qui a crié : « Je hais les féministes »
avant de tirer sur elles.
La cérémonie a eu lieu place du Québec, à Paris, en présence de M. Clément Duhaime, Délégué général du Québec en France.
Étaient présentes, par un froid quasi québécois, une cinquantaine
de personnes, membres du réseau "Encore féministes !", avec leur
banderole et leur ruban blanc.
Elles ont chanté l’Hymne des femmes. Elles ont salué la mémoire des
quatorze femmes assassinées, en déposant une rose blanche à l’appel du
nom de chacune des victimes. Puis M. le Délégué général du Québec a
déposé une quinzième rose au nom de son gouvernement.
Florence Montreynaud a rappelé qu’en 1886 à Paris des étudiants
en médecine ont brûlé en effigie les deux premières femmes reçues à
l’internat de médecine, Augusta Klumpke et Blanche Edwards, et que dans
le monde les deux tiers des analphabètes sont des femmes et des filles.
Ici ou ailleurs, hier ou aujourd’hui, des machistes s’opposent par la
violence à l’accès des femmes à l’instruction et donc au pouvoir.
Chaque année, des féministes commémorent ce massacre pour qu’on
n’oublie pas ces jeunes femmes, qui auraient aujourd’hui trente-trois
ans. Pour qu’on garde vivante leur mémoire, pour qu’on pense aux
millions de femmes dans le monde, violentées, torturées, assassinées
parce qu’elles sont des femmes. Pour qu’on résiste au machisme.
Ensuite, neuf féministes ont donné un spectacle mis en scène et
chorégraphié par Hélène Marquié sur un texte collectif : il désigne en
l’assassin de la Polytechnique le porteur de cette violence machiste qui
tue partout dans le monde, qui a tué dernièrement la jeune Sohane,
brûlée vive à Vitry-sur-Seine. Elles ont dit leur refus de cette haine
et de cette violence contre les femmes. Hélène Marquié a dansé pour
exprimer le rejet de cette violence.
Levant les mains au-dessus de leur tête, les participantes ont
formé, en joignant leurs pouces et leurs index, la figure en losange
représentant le féminin et devenue partout dans le monde le symbole des
luttes et de la solidarité féministes.
Le réseau "Encore féministes !" demande qu’une plaque soit fixée
sur le sol de la place du Québec, au pied du monument avec une
inscription, par exemple :
<< Ici, chaque année, le 6 décembre, des féministes
commémorent un massacre machiste devenu le symbole des violences contre
les femmes. Il eut lieu le 6 décembre 1989, à l’École Polytechnique de
Montréal. Un homme armé d’un fusil entra dans une salle de cours, fit
sortir les hommes, cria : « Je hais les féministes » et tira, tuant
quatorze femmes.
« Le féminisme n’a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours. » Benoîte Groult >>
Nous demandons à la mairie de Paris de faire réaliser cette
plaque que nous souhaitons voir dévoilée solennellement le 6 décembre
2003.
Quatorze femmes ont été assassinées le 6 décembre 1989 à Montréal par un homme qui avait crié :
« Je hais les féministes. »
Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Barbara Maria Kluznick, Maryse Laganière, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michèle Richard, Annie St-Arneault et Annie Turcotte.
Aujourd’hui, 6 décembre 2002, nous, féministes de tous les pays, nous portons leur deuil et nous honorons leur mémoire.